Sleep work est une recherche au long court débuté en 2020 qui a pris la forme d'une collecte de rêves de dormeurs rencontrés sur les plateformes de vidéos en direct.
Ce projet filmique, qui s'est déployé à la manière d'un grand attrape rêve digital d'abord, s'est ouverte à des moments de tournage en Amérique du Nord en 2024. Les internautes-dormeurs rencontrés et qui ont pris part à l'expérience rejouent, déplacent et performent leurs propres rêves (et ceux des autres).
Je présente fréquemment mes films en installations filmiques qui mêlent différents types de projections. Ici, le montage « classique » du film qui donne à voir les moments de tournage chez trois streamers – Dottea, Andrew et Stephen – cède par moment la place à un montage « en direct » sur l’écran plus petit qui lui fait face. Cette pratique du sommeil perdure aujourd’hui et peu importe l’heure de connexion, des sleep streams sont toujours disponibles. J’ai voulu proposer une œuvre qui a ce rôle de veilleuse en donnant à voir ces lives présents sur les plateformes au moment T de l’exposition. Nous avons développé avec l’artiste numérique Léo Huet un dispositif qui réoriente ces lives en regard des rêves textuels affichés à l’écran, recadrés, zoomés en direct et intégrés au montage du film dans l’espace. Un dispositif lumineux : une lumière rouge-rose derrière le plus petit écran s’active lorsque le film passe en direct. Cette double temporalité permet à la fois de vivre une expérience du film très proche des arts vivants, comme si les spectateur·ices devenaient très proches des streamers, et elle permet également un autre rapport au temps, en se connectant à un tout autre fuseau horaire.
Sleep work
installation filmique et mix-media
2023
Le store vénitien est un élément que j’ai retrouvé dans la chambre des streamers. Il m’a semblé : être caché tout en observant sans être vu. Il convoque aussi tout un imaginaire du cinéma américain qui me plaît beaucoup mais renvoie également à la posture du voyeur dans laquelle nous sommes projetés en regardant ses streams de sommeil en ligne.
J’ai déplacé et ré-agencé des moments de récits de rêves pour composer un long poème objectiviste. Ce travail s’inscrit dans la suite de mon travail de montage, il prolonge ma méthode et mon intérêt pour le fragment, la lumière, aux sentiments de visibilité constante, à la présence de l’objet caméra dans les rêves, comme un effet de miroir avec ma propre position de cinéaste.
J’ai ensuite eu envie de mettre ces poèmes en mouvement au fil de la déambulation des spectateur·ices, de mes trajets GPS rêvés dessinés en néon, afin de créer de véritables séquences, entre apparition, disparition et dialogue. Ces séquences texte et lumière ne possèdent pas d’ordre de lecture entre elles. Elles font partie d’un script ouvert dans l’espace, faisant se joindre le film à ma pratique de la littérature expérimentale.
Production : Fondation des Artistes, Région Grand-Est, CNC, Cinema 93, The Elizabeth Foundation for Arts, Villa Albertine, The French Connection, Association Doï, Grand Café – centre d’art contemporain